Etagères story...
IKEA est mon ami, mais IKEA est loin. Sans préférence aucune pour les grandes blondes, les noms délicats ornés du "o" barré, fleurant bon le krispolls, le saumon, et autres délicatesses nordiques. IKEA est donc loin. Mal lui en prit, d'ailleurs.
L'étagère et toute sa symbolique. Comme le temps qui passe, les choses s'accumulent dessus, parfois avec des trous, parfois avec des oublis, toujours avec des choses oubliées qu'on retrouve au passage du doigts, feuilletant les tranches des ouvrages comme autant de soupirs... parfois des cadres, photos oubliés, figurines hors-propos... (et autres objets non-identifiés)
Le tout passablement rangé. Ou pas. Ou juste un incitant à une manie du rangement compulsif, trouvant jours après jours d'autres manières d'organiser. Mettre. Remettre. Compléter. Auteurs. Collections. Séries. Autres. Et plus si affinités.
Une mémoire littéraire. Fière, droite ou branlante, mais debout, toujours, ou du moins l'espérons nous, l'effondrement serait triste, catastrophique, cataclysmique même. Non seulement pour l'intégrité physique (des livres ou de l'infortuné qui aurait eu la mauvaise idée de prendre le mauvais livre au mauvais endroit), mais pour l'intégrité psychologique.
Imagine. Prends tes souvenirs. Tous. Rangés. Catégorisés. Etiquetés. Et secoue le tout très fort, en finissant par mélanger à la manière d'un bingo dans un local lors d'une après midi pour personnes du troisième âge... mains tremblantes, accusant les années, se saisissant d'un souvenir, l'observant, et enfin déclamant à voix haute la teneur de celui-ci. Tenter de le retrouver dans la grille, pour compléter le tout.
Mettre du désordre dans ses souvenirs, c'est décidément pas pratique.
Mais... parfois, les souvenirs sont des livres imprimés dans un trop mauvais papier, avec une encore médiocre... les pages s'effritent, l'encre décolore, doucement, inexorablement. On a beau tenter de se remémorer, seules des brides viennent... tenter de recomposer son existence au travers de faits dispersés est difficile. Ardu. J'avoue.
Tenter de se demander si les choses dont on se souvient ont vraiment été vécues, ou si c'est juste des résurgences d'expériences littéraires, cinématographiques, théatrales, passées...
L'esprit est une étagère perverse.
Je le dis. L'inconscient joue contre nous. Déchire des pages pour les remettre dans d'autre livres. Echange les jaquettes. Avec un sourire pervers.
Parfois aussi l'étagère s'écroule.
Et on se retrouve dans l'inexistence, remplis de pages blanches, au teint blafard. A se demander... sans même savoir quoi se demander. Comme de ces jours ou le réveil se fait trop dur, la tête trop lourde, à se demander le qui, et le pourquoi.
Les pages, inexorablement, se noircissent. Ecriture vivante qui s'ancre dans ce qui fut, qui encre mots après mots, phrases après phrases, pages après pages ce qui aurait dut être retenu.
parfois.
parfois...
je suis lacunaire à mes heures.
en tout bien tout honneur, bien évidement.


